Il existe des lieux qui ne cessent jamais de nous parler. Même quand ils sont vides, même quand le temps semble s’être arrêté, ils continuent de garder quelque chose d’invisible.
La maison est l’un de ces lieux.
Je ne parle pas de la maison comme simple édifice, mais de la maison comme dépôt de vies, de gestes, d’affections. Chaque pièce conserve des traces. Une table, une chaise, un rideau agité par le vent, une bouteille oubliée sur une étagère peuvent raconter une histoire mieux que bien des mots.
Dans ma recherche artistique, la maison est devenue au fil des années un lieu de la mémoire. Non pas un musée du passé, mais un espace où le temps continue d’être présent. Les personnes disparaissent, les objets restent. Et c’est précisément dans cette permanence que naît le sentiment que je cherche à peindre.
Beaucoup de mes œuvres les plus récentes naissent de pièces vides. Il n’y a pas de figures humaines. Il n’y a pas d’événements à raconter. Et pourtant quelque chose arrive. L’espace retient une présence. La lumière semble garder un souvenir.
Peut-être avons-nous aujourd’hui peur du silence. Nous remplissons chaque instant d’images et d’informations. Mais la mémoire a besoin de lenteur. Elle a besoin de lieux où s’arrêter.
Quand j’entre dans la Maison de l’Artiste à Portopalo di Capo Passero, je ne vois pas seulement des murs et des meubles. Je vois une vie qui continue de parler à travers les choses restées. Chaque objet est un témoignage. Chaque pièce est une page.
La peinture, pour moi, naît précisément de cette écoute.
Peindre signifie donner forme à ce qui ne se voit plus, mais qui continue d’exister dans la mémoire des lieux.
La maison devient ainsi une archive silencieuse du temps. Et l’artiste ne fait rien d’autre que d’essayer d’en rendre le souffle visible.
Karam Cannarella
10/07/2026 Il Giornale OFF



